Peut on refuser de travailler pour un repreneur ?

By Olivier

Vous vous demandez sûrement si vous avez le droit de refuser travailler repreneur lorsque votre entreprise change de propriétaire et que l’avenir semble incertain ?

Bien que la loi impose le transfert automatique de votre contrat, nous allons vous révéler l’exception juridique méconnue qui vous permet de refuser légitimement si vos conditions de travail sont dégradées.

Regardons ensemble comment sécuriser vos droits pour éviter le piège classique de la démission et conserver vos indemnités.

Le principe de base : votre contrat de travail suit l’entreprise

On met les choses au clair avec l’article L.1224-1 du Code du travail. Le transfert des contrats est une obligation légale stricte pour tous : vous, l’ex-patron et le repreneur.

Concrètement ? Votre contrat continue sa vie avec le nouvel employeur, sans aucune interruption. Vous n’avez absolument rien à signer ni à accepter pour que ça marche. C’est un mécanisme automatique, que la situation vous plaise ou non.

Cette règle s’applique dès lors que l’entité reprise constitue une « entité économique autonome » gardant son identité et poursuivant l’activité.

La règle d’or : le transfert automatique de votre contrat

Le repreneur a l’obligation absolue de maintenir les conditions essentielles de votre contrat. C’est la loi.

On parle ici de préserver votre salaire, votre qualification et surtout votre ancienneté. C’est un point capital pour le calcul de vos futures primes ou indemnités. De même, vos fonctions principales restent totalement intouchables dans l’opération.

Sachez aussi que les avantages acquis, comme une voiture de fonction ou des clauses spécifiques (mobilité, non-concurrence), sont transférés tels quels. Le nouveau patron ne peut pas les supprimer.

Refuser sans raison valable : la fausse bonne idée

Soyons directs. Un refus clair de votre part de refuser de travailler pour un repreneur sera immédiatement considéré par les juges comme une démission.

Vous voyez le piège ? Vous perdez instantanément votre droit aux allocations chômage et à toute indemnité de licenciement. C’est une rupture de contrat à vos torts exclusifs, avec l’impact financier lourd qui va avec.

C’est la position constante de la jurisprudence. La simple antipathie ou la méfiance envers le nouveau patron n’est pas un motif valable.

La faille qui peut tout changer : la modification substantielle du contrat

Maintenant que la règle de base est posée, voyons l’exception qui confirme la règle. Car si en principe vous ne pouvez pas refuser, il y a une situation bien précise où le rapport de force s’inverse.

Quand le repreneur veut changer les règles du jeu

Le principe du transfert automatique a une limite. Le repreneur ne peut pas modifier unilatéralement les éléments essentiels de votre contrat de travail.

Si le repreneur vous propose un nouveau contrat ou un avenant qui dégrade vos conditions, vous n’êtes plus face à un simple transfert. Vous êtes face à une proposition de modification que vous avez le droit de refuser.

Refus justifié vs refus injustifié : le tableau pour y voir clair

La distinction est fine mais fondamentale. Soit vous refusez le transfert lui-même, soit vous refusez les nouvelles conditions imposées par le repreneur.

Pour faire simple, la justice protège votre droit de ne pas accepter une dégradation de votre situation. Mais elle ne ne protège pas votre envie de ne pas changer de patron.

Pour visualiser les enjeux, rien de tel qu’un tableau comparatif. Il permet de saisir en un coup d’œil les conséquences de votre décision selon le contexte, surtout avant de décider de refuser travailler repreneur.

Refuser de travailler pour le repreneur : quelles conséquences ?
SituationQualification du refusConséquences pour le salarié
Refus pur et simple de continuer avec le repreneur (sans modification du contrat)DémissionPas d’indemnité de licenciement. Pas d’allocations chômage (sauf cas très spécifiques).
Refus d’une modification substantielle du contrat (baisse de salaire, changement de poste…)Refus légitimeLa rupture du contrat est imputable à l’employeur. Ouvre droit à un licenciement (souvent économique) avec indemnités et allocations chômage.

Les suites d’un refus légitime

Si vous refusez légitimement une modification, le repreneur a deux choix. Soit il renonce à la modification et vous continuez aux conditions initiales, soit il prend acte de votre refus et doit rompre le contrat.

Dans ce cas, c’est à lui d’initier la procédure. Le plus souvent, cela prend la forme d’un licenciement pour motif économique, car le motif n’est pas lié à votre personne.

Vous pouvez aussi prendre acte de la rupture du contrat aux torts de l’employeur. Cela produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Les lignes rouges à ne pas franchir pour le repreneur

On a vu la théorie, mais dans la pratique, qu’est-ce qu’une « modification substantielle » ? C’est là que tout se joue, car tous les changements ne se valent pas.

La rémunération : le nerf de la guerre

C’est le point le plus évident. Votre salaire est un élément essentiel du contrat, absolument intouchable.

Toute baisse de la rémunération fixe, même minime, constitue une modification substantielle interdite. C’est pareil pour la suppression d’une prime contractuelle ou d’un avantage ayant la nature d’un salaire, comme une voiture de fonction pour usage privé.

Le repreneur ne peut pas toucher à votre portefeuille sans votre accord explicite. Un refus de votre part est parfaitement légitime.

Changement de poste et de lieu de travail : attention danger

Ici, la situation est plus nuancée. Tout dépendra vraiment de l’ampleur du changement imposé par l’employeur.

Un changement de lieu de travail dans le même secteur géographique est souvent considéré comme un simple changement des conditions de travail. En revanche, un déménagement qui allonge considérablement le temps de trajet est une modification substantielle.

De même, une modification des fonctions qui entraîne un déclassement, une perte de responsabilités ou qui ne correspond plus à votre qualification est un motif légitime pour refuser travailler repreneur.

Qu’est-ce qui est considéré comme une modification substantielle ?

Pour résumer, les juges regardent au cas par cas. Mais certaines lignes rouges sont bien établies.

Voici les situations les plus courantes que nous rencontrons souvent.

  • baisse du salaire ou la suppression d’une prime contractuelle.
  • Un changement de qualification ou un déclassement professionnel.
  • Un changement majeur des responsabilités et des missions.
  • Un nouveau lieu de travail en dehors du secteur géographique initial (sauf clause de mobilité valable).
  • passage d’un horaire de jour à un horaire de nuit.

Si vous êtes dans l’une de ces situations, votre refus est probablement fondé.

Les cas particuliers : quand les règles changent

La reprise d’entreprise après une procédure collective

Attention, si la reprise se fait dans le cadre d’une procédure de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire, les règles ne sont plus les mêmes. C’est un terrain miné pour les salariés.

Ici, l’article L.1224-2 du Code du travail s’applique. Le repreneur peut choisir les salariés qu’il souhaite conserver. Le transfert n’est plus automatique pour tout le monde. La situation est bien plus précaire.

Si vous n’êtes pas sur sa liste, vous serez licencié pour motif économique par l’administrateur judiciaire. Pour mieux comprendre ce contexte tendu, consultez notre article sur le Dépôt de bilan en arrêt maladie : quels sont les droits du salarié ?.

Le cas spécifique des journalistes

Les journalistes bénéficient d’un droit particulier : la clause de conscience. C’est une exception notable à la règle générale. On met tout le monde sur la même longueur d’onde ici.

En cas de changement de propriétaire du journal ou de modification importante de sa ligne éditoriale, ils peuvent décider de partir. Leur départ est alors assimilé à un licenciement, ouvrant droit aux indemnités correspondantes.

Refuser une simple « adaptation » du poste

C’est une zone grise. Le repreneur peut vouloir faire évoluer vos tâches sans pour autant modifier votre contrat en profondeur. Vous ne pouvez pas simplement refuser de travailler pour un repreneur sur ce motif.

Un simple ajustement des missions, s’il reste cohérent avec votre qualification, n’est pas une modification substantielle. Refuser pourrait être risqué et qualifié de faute. Vous perdriez alors vos indemnités bêtement.

La frontière est mince. Il faut évaluer si l’ « adaptation » ne cache pas en réalité un déclassement.

Quelle stratégie adopter face au repreneur ?

Connaître ses droits, c’est bien. Savoir comment les utiliser intelligemment, c’est mieux. Un refus frontal n’est pas toujours la meilleure carte à jouer.

La rupture conventionnelle : la voie royale pour un départ négocié

Avant d’envisager le conflit pour refuser de travailler pour un repreneur, il y a une solution amiable : la rupture conventionnelle. C’est souvent la meilleure option pour tout le monde.

Elle permet de mettre fin au contrat d’un commun accord, de négocier une indemnité de départ et, surtout, de préserver vos droits aux allocations chômage. C’est le filet de sécurité indispensable si vous voulez partir.

Le repreneur peut y être favorable pour éviter un conflit. Si vous vous dites « je ne supporte plus mon travail : que faire ?« , la négociation reste la meilleure porte de sortie.

Comment communiquer son refus ?

La forme est aussi importante que le fond. Soyez clair, factuel et professionnel.

Si vous refusez une modification, faites-le par lettre recommandée avec accusé de réception. Expliquez précisément quel(s) changement(s) substantiel(s) vous refusez, en vous référant à votre contrat initial.

Ne vous contentez pas d’un « non » verbal. Pour savoir comment dire à son chef ce qui ne va pas, l’écrit reste indispensable pour prouver.

Les étapes à suivre avant de prendre une décision

Ne prenez pas de décision à la hâte. La situation est complexe et les enjeux sont élevés.

Voici une checklist pour ne rien oublier.

  1. Analyser précisément les modifications proposées par le repreneur.
  2. Relire votre contrat de travail initial et ses clauses (mobilité, fonctions…).
  3. Tenter d’ouvrir le dialogue pour une rupture conventionnelle.
  4. En cas de refus, formaliser votre position par écrit.
  5. Consulter un avocat en droit du travail ou un représentant du personnel pour valider votre stratégie.

Chaque étape est importante pour sécuriser votre situation professionnelle et financière.

Votre contrat suit l’entreprise, que ça vous plaise ou non. Refuser sans raison valable équivaut donc à une démission. Mais attention, si le repreneur touche à votre salaire ou votre poste, la donne change ! Dans ce cas, protégez vos droits et privilégiez toujours le dialogue avant de claquer la porte.